Javascript Menu by Deluxe-Menu.com
Alchimie des vilarets


L'alchimie des vilarets par eric limet

“En rassemblant les hommes par-delà leurs différences, et en les aidant à exprimer ce qui les unit, les danses Folk peuvent contribuer à une tâche éminemment nécessaire dans nos sociétés où dominent l'individualisme exacerbé, la compétition, et leurs séquelles: l'exclusion, la délinquance, la drogue, le suicide, ou plus quotidiennement, pour chacun, le stress, la dépression, la morosité. Cette tâche : offrir partout des lieux où “l'être” remplace l'obsession de “l'avoir”, où les générations se retrouvent entre elles, où chacun puisse communiquer et s'exprimer dans la joie, où l'on célèbre vraiment les fêtes, où l'on voie des sourires sur les visages”.

Eric Limet, “Rite et danse” 1993
Ce petit fascicule, destiné aux participants des Vilarets, réunit des extraits d'articles écrits par Eric Limet, l’un des fondateurs de l’asbl, et, parus dans quelques bulletins “À l’écoute” de ces dernières années.

Aussi, quand nous nous tenions la main autour du feu de Saint-jean dans une farandole folle, j'étais heureuse, comme si ces mains réunies dans la lumière devenaient la preuve de ce que je ressentais...

Christian Signol : “Marie des brebis”

Ces mains réunies ...
Ces mots-là disent bien pourquoi nous avons appelé “Mains Unies” l’association créée en 1969. Parfois, souvent même, ce nom nous a joué de mauvais tours : certains soupçonnaient une secte, d’autres nous taxaient, sans appel, d’organisation catholique. Et, bien entendu, il y a parmi nous des Catholiques. Mais tout autant des libres-penseurs, des protestants, des israélites, etc. Nous ne sommes d’aucune chapelle ; nous voulons être un lieu de rencontre entre toutes les opinions (réserve faite de tout ce qui peut ressembler au fascisme).

Mais tout compte fait, il s’agit bien, dans nos Vilarets, dans toutes nos activités, de nous donner les mains en rond comme le faisaient, naguère, les paysans bretons dansant une gavotte ou un andro (le mot andro, veut dire : cercle) ou les paysans serbes ou bosniaques un kolo ... “Pour du vrai” ou symboliquement.

Quant au mot “Vilaret”, connaissez-vous son origine ? En 1983, un peu lassés des malentendus au sujet du nom “Mains Unies”, auxquels s’ajoutait une certaine méfiance vis-à-vis de ce que nous appelions jusqu'à des camps pour familles et pour jeunes” (le mot camp évoque pour beaucoup quelque chose de vaguement militaire), nous cherchions une autre appellation. Au cours d'un brainstorming mémorable, ou des flots de mots les plus divers se sont écoulés, l’un d’eux a soudain frappé chacun. J’égrenais quelques-uns des jolis noms de villages et de hameaux où nous avions déjà, alors, planté nos tentes depuis 13 ans (et ceux que j'avais longuement mais vainement explorés) : la Fressinette, Ascros, Sallertaine, Tromelin, le Chambon, la Baume, St-Ferréol-trente-pas... le Vilaret... Tiens : le Vilaret. Voilà qui sonne bien : ça fait village sans risque de confusion avec le Club et ses paillotes, ça, fleure bon le soleil sur les tuiles romaines, ça évoque les vieux sur le pas de leur porte, devisant au crépuscule, et la fête de St Jean, et tout et tout…
(…)

Qu’est-ce qu’un Vilaret Mains Unies ?
J’ai déjà tellement écrit à ce sujet que j’ai bien peur de me répéter. Aussi ces lignes ne sont-elles pas destinés à ceux qui savent (encore que je leur souhaite de prendre un peu de plaisir à les lire) , mais à ceux et celles qui découvrent cette année, pour la première fois, notre formule de vacances.

Une “formule de vacances”. Vilaine expression qui fait un peu penser à la pharmacie... Comment mieux dire ? J’ai parfois parlé d'alchimie : ça paraît plus subtil et ça fait rêver davantage. Quels en sont les mystérieux ingrédients ?

D’abord, vous, prenez des gens qui à première vue ne se ressemblent guère :
- Mélodie, 17 mois, trottine alègrement sans se soucier des, dangers (A vrai dire, sur le terrain du Vilaret, il n’y a pas beaucoup de risques : on y a soigneusement pensé en le choisissant). Son Papa, sa Maman, mais aussi toute une bande de fillettes et d’adolescents veillent sur elle, tout en lui laissant sa liberté, dont elle jouit si visiblement.

Séraphin est l’un de ceux qui, pendant des années, se sont méfiés de "Mains Unies” . craignant (malgré son nom...) d’y découvrir une secte ou un truc ultra-calotin. On peut dire, sans le vexer, que c’est un vétéran du camping : scout depuis toujours, bricoleur jusqu’au bout des ongles, il monte impeccablement,

Chaque été, sa belle, grande, antique tente conique, dont on relève les pans chaque matin pour l'aération, et qui ne craint ni vent ni pluie.

- Aurélie et Fabien ont 18 ou 19 ans. Leur amour fait plaisir à voir. Ils aiment la compagnie des enfants (heureusement ! car ici ça fait partie inexorable de la vie). Aurélie leur raconte des histoires A la "veilée des petits", tandis que Fabien entraîne les grands à la descente de la rivière, où il faut savoir grimper, nager, plonger, mais aussi se taire pour surprendre les "petites bêtes", comme les appelle Frédéric. Ils n'avaient jamais dansé de danses folk, et c'est ici qu'ils les ont découvertes, et depuis qu'ils sont venus au Vilaret, ils dansent chaque semaine à Liège où ils habitent.

- Natacha, Bruno, Jessica et les autres ont 12, 13 ou 14 ans. Ils aiment venir ici pour se retrouver entre eux, aller ensemble à la rivière (ou à la plage quand on est en Bretagne), passer des heures à parler, rire et... ne rien faire. Mais ils ne détestent pas les gosses, eux non plus. Et ils, acceptent de bonne grâce d'aider comme tout le monde à la cuisine ou, aux grandes heures, à donner une coup de main au fermier pour rentrer la moisson ou les f oins.

- Dominique aime les promenades où, sans se hâter, on découvre, ici le sentier côtier de la baie de Douarnenez (l'ancien chemin des douaniers) , là, celui qui longe les, terrasses surplombant la, vallée de l'Auzène, en Ardèche, ou encore celui, pavé tout du long et entouré de murets de pierres sèches, qui remonte la Valchiusella vers Talerno et les hauteurs du Monte Marzo. Guillaume, lui, est résolument un grimpeur, et les longues marches dans le massif du Gran Paradiso ne. sont pas pour lui déplaire !
Et ce n'est là qu'un petit échantillon. On pourrait vous en citer cent autres, et bien davantage, de ces fous et de ces sages qui préfèrent au confort, au bruit. a la foule,ces vacances en camping, loin de toutes les, "idoles du commerce".
(…)

Mais tous ces gens divers, ça ne fait pas encore une alchimie de vacances. Il y faut d'abord un ces lieux un peu magiques avec le bruit de l'eau, du vent dans les hauts peupliers, et des pinsons dans le feuillage. Avec les cachettes, les cabanes, les pataugeoires pour les, petits et les rochers-tremplins pour les grands. Avec le lever de soleil, loin sur les crêtes des Alpes, qu'on mérite après une grimpée silencieuse sur le Serre. Ou le couchant rouge sur la mer, A la pointe de Brézellec, après une promenade par les chemins creux, A la remorque du tracteur de Yves...

Il faut du rire, des danses, du violon et de la flûte. Des chansons et des silences.
Des repas qu 'on a préparés ensemble (à tour de rôle), avec les légumes du potager de M.Brunel ou les haricots de Madame Valette, le lait de la ferme (qu'on va chercher chez la vieille Madame Bascoulergue ou chez Yves et Isabelle) , le fromage de M.Chambonnet (chez qui les enfants peuvent aller caresser les chèvres dans le pré ou même ... voir naître un chevreau), le miel des abeilles élevées avec amour par Anne et Jean-Jacques en leur retraite de Roubuols.
Il y faut cette simplicité du coeur qui fait aimer les bonnes choses, les humbles gens, les yeux émerveillés des enfants, la beauté des vieillards, les chansons et les danses venues peut-être. du fond des âges mais qui n'ont pas une ride. Cette simplicité grâce à laquelle on n'exige pas nécessairement "du neuf, n'en fût-il point au monde", pour trouver toujours neuf ce que l'on aime - les êtres, les arbres, les chemins, l'eau qui va, qui vient entre les pierres...
(1) A l'Ecoute n° 101, février 1996


Les Vilarets de Mains Unies… D’autres valeurs
Voilà donc quelques ingrédients de cette alchimie qui fait que les Vilarets de Mains Unies sont ... des Vilarets.

Nous allons maintenant parler un peu plus en détail de quelques-unes des activités courantes dans les Vilarets.

Privilégier ces activités-là, est-ce faire preuve d'un traditionnalisme passéiste ? Evidemment non! I1 s'agit de répondre à des besoins d'aujourd'hui - et de demain.

Toute la question est à quelles valeurs adhérons-nous? Sommes-nous satisfaits de celles
qui gouvernent nos sociétés :
la compétition à outrance, le culte de la consommation avec leur cortège d'injustices, d'insatisfactions ?

En créant Mains Unies, en animant depuis plus de 25 ans des Vilarets, nous entendions et entendons défendre d'autres valeurs. Mieux : les vivre. Et des centaines, des milliers de vacanciers y ont trouvé leur bonheur.

Ce faisant, je crois que nous contribuons un tout petit peu A changer le monde. Modestement, bien sûr. Mais l'histoire montre que, souvent, les actions spectaculaires ne changent rien à rien, et qu'on n'avance vraiment que pas à pas.

Un Vilaret, c'est un lieu où vivre d'autres valeurs. Où témoigner que d'autres façons de vivre sont possibles. Et bienfaisantes. Pour nous-mêmes d'abord : nous les adultes, nos enfants, nos ados, leurs grand-parents.
Et, pourquoi pas ? Pour tant d'autres qui ne savent pas encore ...

(1)A l'Ecoute n° 102, mars 1996

Les sentiers …(A l'Ecoute n° 102, mars 1996)
La confiance est la matière première de celui qui regarde : c'est en elle que grandit la lumière. La confiance est la capacité enfantine d'aller vers ce que l'on ne connaît pas comme si on le reconnaissait.

Christian Bobin : "Donne-moi quelque chose qui ne meure pas"

8. De bon matin, quand la chaleur ne pèse pas encore, nous prenons la route, d'un bon pied bien chaussé, le coeur léger, le nez, l'oeil et l'oreille ouverts. précédés ou suivis de "nos immenses ombres". Nous sommes douze, ou trente., ou trois seulement. peu importe : nous sommes ensemble et c'est ça qui compte. Ensemble nous allons découvrir, au long du sentier, les simples merveilles du monde qui nous entoure.
Ce seront ici les alisiers, les genêts et les genévriers grillant et pétant au soleil des crêtes, et 1à les saules et les aulnes penchés sur l'eau vivante et fraîche.

…Sur la prairie humide d'une combe court un liseron rampant; et l'herbe est constellée de ses corolles encore closes, modestes torsades de nacre. Plus haut, la rocaille du chemin est couverte de touffes de serpolet tellement denses qu'il est difficile de ne pas les écraser. Surprise : l'odeur qui s'en exhale n'est pas celle, attendue, un peu poivrée du thym sauvage, mais une effluve de citronnelle... Là-bas, près de la rivière ! une nuée de papillons mordorés peuple la floraison diaphane de la menthe. Les abeilles, elles, butinent les dernières fleurs de framboisier, les châtons du chataignier à l'odeur indécente et les ombelles du lotier corniculé…

A l'aube, traversant entre deux taillis l'herbe rase et déjà jaunie d'un pré fraîchement fauché, la flèche rouge d'un renard.
ou, se découpant sur le ciel qui commence à rougeoyer, la silhouette d'un lapin.

L'éclair bleu d'un martin-pêcheur ou le vol élégant d'un héron cendré qui va se percher au sommet d'un peuplier d'Italie.

Le cri aigü qui nous avertit de la présence d'un aigle botté qui tournoie au-dessus du serre, ou les arabesques savantes d'un couple d'autours des palombes chantant leurs amours avec leurs ailes. Ou, vers les cols, emportant dans son bec une longue couleuvre, un circaète jean-le-blanc, le bien nommé car il a le ventre blanc.

Le frou-frou d'un lézard vert au bord du chemin, ou le coeur palpitant d'un petit lézard gris plaqué sur le granite et
imitant à s'y méprendre une simple fente du rocher.

la vipère indolente enrou1ée sur une pierre chaude et qui, à l'approche des promeneurs, se coule lentement dans l'eau et disparaît dans une infractuosité.

Et dans le courant, nageant et ondulant, une inoffensive couleuvre vipérine, inoffensive à notre égard du moins, car la voilà prête à se jeter sur un poisson plus grand qu'elle et, après l'avoir fatigué, à le lancer d'un coup de reins sur la rive.

Les mille terrasses, que l'on appelle ici traversiers, là faïsses, échamps, accols ou chambas. Et les mille murets qui les soutiennent : ceux de dur granit et ceux de schiste friable, ceux de calcaire gris, ocre ou blanc cassé, ceux de grès et ceux de galets. Construits avec intelligence, cette intelligence modeste des paysans qui ont appris à faire face à tous les problèmes avec les seules armes reçues de leurs pères. Quel art de batir un mur de pierres sèches, (c'est-à-dire sans ciment ni chaux) en les disposant selon leur taille : les grosses dessous, les plus petites dessus, et, surmontant le tout, un faîte de pierres plates disposées horizontalement,
ou debout, sur champ. De ces murs faits pour durer, mais qu'il fallait si souvent rebâtir à cause des orages ! Quel art de capter les sources, et de leur laisser passage sous une voûte ou sous un linteau, de pierre ou de bois. (…)

Et puis, il y a les sentiers eux-mêmes. Ces sentiers qui ont tant servi naguère. Par exemple, au long de la baie de Douarnenez, le sentier maintenant ouvert aux randonneurs grâce à la persévérance de quelques maires des villages côtiers
(n'est-ce pas, Monsieur Le Gall ?), servait jusqu'il, y a quelques dizaines d'années de chemin de ronde aux douaniers. Mais, plus généralement, à 1'époque pas si lointaine où quasi tout le monde circulait à pied, ou, dans le meilleur des cas, à dos de mulet, les sentiers étaient témoins d'une intense circulation quotidienne, surtout en pays de montagne, de collines, au long des vallées. Nous en connaissons un bel exemple près de pont d'Auzène, où nous avons suivi tant de fois ces chemins qui vont de la Garde à la Pizette, du Sablas au Chier, de Lavayas à Franchassis ou de la grange de Vors à La Batie. I1 y avait entre autres un sabotier au Chier, un maréchal-ferrant à la Pizette, et évidemment cela provoquait des allers et des retours par ces sentiers, un peu escarpés mais alors soigneusement entretenus.
Et puis ces sentiers de montagne, avec leur malin plaisir à disparaître aux yeux de qui cherche à les distinguer de près, alors qu'à distance on les voit si clairement se profiler dans l'herbe ou les pierrailles...
Ah ! il. faudrait encore parler des c1ôtures si diverses : haies d'aubépines et d'épine noire, et ces étonnantes haies tressées (qui, en anglais comme en français, ont prêté leur nom à une figure de danse), barrières de bois avec leur échalier ("C'est en passant un échalier, j'ai quitté tomber mon panier... Je vous l'rendrai pour un baiser") ...
Des outils et des objets d'usage journalier, si simples, si beaux : besses, béchars, coulassous, basteires. Des colombiers et des clèdes, des fours à pain, des granges, des gariottes, des bories et capitelles... Des margelles de puits, des ponts, en dos d'âne, des drailles gardant la mémoire des transhumances ...
Mais, surtout, il faudrait parler de la rencontre des hommes. Ces vieux de "la Terrasse" ou de la Pizette, assis sur les marches chaudes, de leur seuil et devisant sans fin. Ou cette autre, au tournant du chemin, que l'on entend de loin appeler ses chèvres avec ce cri de gorge. ou celui-là allant à son potager, la "dzalo" sur l'épaule... Et tant d'autres qui nous ont tant appris sur la vie et sur le bonheur.

Chanter … (A l'Ecoute n°103, avril 1996)


Depuis toujours, à Mains Unies, nous avons chanté : au Vilaret, en week-end, en balade. Et aujourd'hui autant que jamais.

Pourquoi ? Pour le plaisir, bien sûr, comme tout ce que nous faisons. Mais pour un plaisir d'une qualité bien particulière ou plutôt des plaisirs divers.

Il y a le chant spontané qui naît à la pluche des légumes comme sous la douche ou au rythme des pas sur la route. Chansons connues de tous ou de quelques-uns, voire d'un seul mais dont tous peuvent reprendre le refrain. Vieilles ou nouvelles, joyeuses ou plus recueillies...
Il y a les “ateliers chant”. Là, le but est que chacun apprenne quelque chose de neuf - toujours pour le plaisir, ça va de soi. Nouvelles chansons, mais aussi découverte du chant polyphonique. Sous la forme la plus simple, celle des canons (tout au moins des canons ou “rounds” les, plus faciles, car il en existe de difficiles aussi), où la mélodie est la même pour tous, mais où les “voix”, ou parties entrent successivement. Déjà sous cette forme élémentaire, l'intérêt du jeu est que chacun doit non seulement s'écouter soi-même, ou sa propre partie, mais rester attentif aux autres parties. C'est en répétant souvent ces polyphonies simples que l'on devient peu à peu sensible à la pureté des quintes, à la suavité des tierces et des sixtes, voire à la rugosité des dissonances, sans avoir besoin pour cela d'avoir fait de longues, études de solfège et d'harmonie, ni même de savoir qu'on est en train de chanter des tierces.... Sensible aussi au jeu des rythmes qui se mêlent, du choc des syllabes soumis à la régularité d'une pulsation commune.
(…)
Non pas dans un but de spectacle, mais pour notre plaisir à nous, et aussi pour le plaisir de ceux qui, attirés par ces chants qui fusent sous la tonnelle ou le tilleul de Pont- d'Auzène, ou auprès du chapiteau de Trausella ou de Kerdiern-ar-Maner, viennent doucement s'asseoir auprès des chanteurs. Les enfants, notamment, qui souvent savent trouver là un de ces lieux de paix et d'harmonie dont ils ont tant besoin après leurs jeux. Et puis, pourquoi pas. nous pouvons aussi prendre plaisir à faire entendre le résultat de nos efforts lors d'une soirée dans la salle ou sous le chapiteau...

Ces soirées, justement, sont un autre aspect de la présence du chant au Vilaret. Soirées de fin de semaine, le vendredi, ou, tel autre jour de la semaine, veillées musicales. Là, chacun qui le désire peut faire partager par tous une chanson, un poème, un conte qu'il aime, un trio de flûtes ou un solo de harpe... on y trouve toute la diversité des goûts, des répertoires, des sentiments, qui reflètent la diversité des gens. On y goûte la virtuosité ou la musicalité exquise des uns et on découvre le modeste talent, voire les débuts timides et gauches des autres. Sans jugement, mais bien au contraire en accordant à chacun le respect qu'il mérite. Ce qui, pas toujours mais parfois, peut contribuer à conduire certains de débuts maladroits aux accomplissements les plus riches.

Chaque fois que c'est possible, nous essayons de favoriser cette atmosphère de partage, de respect, d'écoute, de recueillement, en éteignant les lumières et en nous éclairant de la flamme vacillante des bougies ou des lampes a gaz. Dans la pénombre, il arrive que les timidités fondent, que les arrogances s'estompent. Et nous pouvons alors jouir pleinement de ces moments de beauté, de communion, de fraternité que dispensent le chant, la musique des instruments, les rêves du poète, tandis que sur les murs du chapiteau ou de la salle, comme un cercle magique, glissent calmement les ombres, de ces dizaines de petits et de grands qui sont ici bien plus que des spectateurs - comment le dire sans être suspect de cultiver la fleur bleue ? des hommes, des femmes attentifs à ce qui les élève, à l'ange qui passe ...

La place des enfants au Vilaret (1)

Au Vilaret, chaque âge a droit au bonheur. C'est peu dire, de rappeler que les enfants y sont admis : sans y être rois, ils y sont comme dans une grande famille. Les parents, bien entendu y trouvent leur compte : au lieu d'être les esclaves ou les tyrans de leurs gosses, comme dans certaines autres formules de vacances, ils les savent heureux et en sécurité, à la fois proches d'eux et jouissant d'une totale liberté.

Les enfants ... Combien n'en ai-je pas entendu répondant à leurs parents qui leur proposaient d'autres vacances : “Mais non, les vacances, c'est au camp Mains Unies” ! Ils y sont totalement chez eux, avec les camarades de leur âge, ou plus jeunes, ou plus âgés, avec leurs parents et avec les autres adultes et adolescents.

Arriver à ce résultat ne va pas de soi. D'abord, en recherchant un terrain pour un prochain Vilaret, nous avons toujours accordé une importance primordiale aux enfants, à leurs besoins de calme, de sécurité, de jeux, de découvertes, au souci légitime des parents d'échapper aux sollicitations du commerce, si présent dans les lieux touristiques.

Ensuite, il faut savoir qu'il s'agit ici de quelque chose de fondamentalement différent d'un quelconque “village de vacances avec mini-club”. Ici, pas de moniteurs, spécialisés auxquels les parents confient leurs enfants pour la journée; pas d'équipements sophistiqués; pas d'“animations” bruyantes, et superficielles.

Toute la journée, les enfants sont libres, et vaquent à leurs jeux. Bien entendu, il y a toujours quelqu'un pour veiller sur les plus petits - les parents eux-mêmes, ou d'autres adultes ou adolescents, amis de longue date ou de quelques jours, qui acceptent volontiers de jouer ce rôle auprès d'enfants qui ne sont pas les leurs. Le milieu est riche : il y a l'eau de la rivière (ou de la mer), où pataugent les plus jeunes et où les plus grands apprennent à nager, à sauter , à plonger. Il y a les cachettes, les cabanes à construire, à démolir et à rebatir. Les plantes, les bêtes, les branches, les rochers, la vieille dame qui habite la maison près du pont, et celle qui passe chaque matin avec ses chèvres... Il y a les copains.

Et le soir ou au repas, tant de choses à raconter, tant de rêves a rêver...

Déjà comme ça, par cette atmosphère de liberté et de découverte, le Vilaret représente, pour les, enfants, un riche milieu éducatif, où ils pourront développer leur indépendance, leur corps, leur esprit, leurs relations tant avec leurs pairs qu' avec les adultes.
Pourtant nous n'avons pas voulu nous arrêter là. Chaque soir, juste après le repas, à l'heure où la lumière est douce et, souvent, la chaleur moins intense, les plus jeunes enfants (auxquels se mêlent toujours de plus grands et des adultes) joignent leurs mains pour quelques rondes - parmi lesquelles “Polichinelle”. “Les pigeons sont blancs”, Quinqui- Quincaille, “Le petit nid de lièvre”, “Marianneke” ont toujours le plus grand succès. Plaisir de se donner les mains en cercle de choisir et d'être choisi, de marier musique, paroles et mouvement ... Plaisir que l'on retrouve aussi dans, d'autres jeux chantés, comme les jeux de tresse, “Atchoum”, “L'omelette”, “Dans les Appenins”, ou comme “J'ai cassé la vaisselle à maman” ou. “Hélas Mesdames...” (2).
Mais la veillée des enfants ce ne sont pas seulement les rondes et jeux chantés. Ce sont aussi les, histoires racontées, les chansons, les jeux.

Les histoires... Regardez-les, ces, visages attentifs d'enfants de tout âge et d'adultes, retenant leur souffle, ou riant de bon cœur, en entendant Christiane, Marc, Aude, Claire, Christian et tant d'autres leur dire un conte traditionnel français, allemand, africain ou russe ou une histoire inventée par un conteur contemporain. Certains adultes.. encore peu sûrs d'eux, se munissent d'un livre. Mais rien de tel que de s'affranchir du texte écrit pour communiquer avec les auditeurs, petits ou grands, par la voix, la mimique, le geste, ou par ces silences qui prolongent si bien les émotions du récit. Quel dialogue s'établit entre le conteur et ceux qui l'écoutent ! Je crois vraiment que c'est l'une des nourritures, les plus essentielles que nous puissions offrir aux gosses.(…)
Tout ceci concerne surtout les plus petits. Au Vilaret, nous pensons aussi aux plus grands. Pour eux, quel souvenir que le concours de bâteaux à Pont d'Auzène ou à Trausella! Les fabriquer, d'abord. Avec l'aide précieuse de Papa ou d'un autre adulte (bien sûr, c'est aussi parfois Maman, mais quelle occasion pour les hommes de jouer auprès des enfants un rôle qui les valorise !), on va utiliser les matériaux les plus divers, scier, clouer, visser, coller, faire des merveilles avec un couteau ou avec de la ficelle. Puis, autre étape importante, on va donner à son bateau un nom, afin de bien le distinguer des autres. Puis vient la procession, souvent en musique, vers la rivière et le point de départ de la descente, le signal du départ, les avatars de la course au fil des rapides et des obstacles (parfois ce sont les bateaux les plus simples qui dament le pion aux mieux élaborés), les coups de pouce plus ou moins tolérés, et enfin l'arrivée. La règle est que chaque bateau mérite une récompense, du plus rapide. au plus lent, du plus beau au plus modeste... Il ne s'agit pas vraiment d'un concours !

Ailleurs, il y a le volley ou, plus original, cette mémorable partie de base-ball à Kerdiern.

Et, toujours, le moment réservé aux danses des enfants. Avec, comme pour les jeux chantés, ce repertoire dont les qualités m'épateront toujours, et qui leur fait découvrir, peu à peu, le plaisir de la danse : Pat-a-cake polka, les voleurs, cumberland square, le Manège à huit (sur la musique du Branle des chevaux), etc, etc.

Oui, au. Vilaret les enfants sont gat6s.

(1)À l’ Ecoute n° 103, mai 1996
(2)Cf. Eric Limet “Eh bien dansons maintenant”, Labor 1994

Danser aux Vilarets (A l'Ecoute n°105, juin 1996)
Depuis les premiers camps Mains Unies, la danse “collective” comme nous l'appellions, a toujours occupé une place de choix parmi les activités proposées. Et, aujourd'hui encore, après 26 ans ...

Bien sûr, on pourrait imaginer un Vilaret sans danses. Il y a déjà eu des semaines comme ça, d'ailleurs, et pas mauvaises du tout. Mais ce n'est jamais qu'une exception : pour beaucoup d'entre nous, ce ne serait plus tout à fait un Vilaret.

Pourquoi avoir choisi cette activité parmi tant d'autres (et sans exclure les autres, bien entendu) ? Pour bien des raisons, sans doute, mais surtout parce que peu d'activités sont aussi conviviales permettent à ce point à tous et toutes de se retrouver sans façons, d'exprimer sa joie, son plaisir d’être ensemble, tout en libérant son corps et son esprit des contraintes habituelles de la vie sociale.

Beaucoup de ceux qui sont venus au Vilaret n'avaient jamais dansé auparavant, en tout cas des danses Folk. Certains, même, n'avaient jamais osé se lancer sur une piste pour un rock, un slow ou une valse. Et peut-être, dans ceux qui me lisent aujourd'hui (et surtout ceux de sexe masculin), y en a-t-il qui se disent: “En tout cas, moi, ils ne m'auront pas ! Jamais je n'irai me ridiculiser à danser ce genre de danses”.

Bien sûr, personne n'oblige jamais personne à danser. Mais je pourrais citer bien des témoignages de gens qui sont venus à Mains Unies avec la ferme intention de ne jamais danser, et puis qui s'y sont mis, pas toujours pour devenir des fans de la danse Folk (encore qu'il y ait des exemples) mais, ma foi, sans déplaisir.

Il y a aussi tous ceux et celles qui n'avaient aucune idée preconçue. qui se sont dit “Pourquoi ne pas essayer”, et qui, au Vilaret, ont découvert un moyen d'expression et de communication qui les a passionnés, les uns dès le premier essai, d'autres plus progressivement...

Mais je parle de danses Folk, et peut-être y a-t-il des lecteurs qui ne savent pas de quoi il s'agit.
Partout en Europe, jusqu'aux abords du XXème siècle et parfois encore jusqu'à la 2ème guerre mondiale, on dansait dans tous les villages et parfois dans les quartiers populaires des villes, des danses transmises par la tradition orale. C’est pourquoi le terme le plus adéquat pour les designer est : “danses traditionnelles”. On les appelle aussi “folkloriques”, d’après le mot anglais Folk-lore inventé au milieu du XIXème siècle, et qui englobait tous les aspects de la culture populaire de tradition orale (contes, chansons, coutumes, proverbes, etc). Mais l’adjectif “folklorique” a pris souvent une connotation un peu méprisante, tandis que pour beaucoup de gens les mots “danses folkloriques” se rapportent au spectacle, à des groupes dansant sur scéne. D’où la tendance à ne pas employer ces termes, qu’on a remplacés dans les années 70 par “danses Folk", “musique Folk” ou “Trad”.

Il faut savoir qu'à l'époque où la tradition populaire était vivante, danser n'était pas, en général, une activité réservée à des groupes spécialisés qui se seraient produits en spectacle. Non : c'était une activité de tous pour tous. Les adultes, jeunes et vieux, y participaient. Les enfants regardaient de tous leurs yeux et s'essayaient à imiter les grands. Même les impotents, s'ils ne pouvaient plus marcher ni sauter, vivaient intensément cette activité de fête. Et, dans bien des régions. on dansait à toutes les occasions possibles. Il ne s'agissait donc nullement de spectacle, mais de participation (Même là dans le cas de répertoires réservés à des danseurs spécialisés (danses basques, Morris dances), il ne s'agissait pas de spectacle au sens où nous l'entendons dans notre culture.Même là dans le cas de répertoires réservés à des danseurs spécialisés (danses basques, Morris dances), il ne s'agissait pas de spectacle au sens où nous l'entendons dans notre culture.).

Ce que nous avons toujours voulu à Mains Unies, c'est retrouver cette atmosphère de participation et de fête. Bien entendu, le monde, depuis la disparition du folklore, a totalement changé. Ce qui a fait mourir la tradition, c'est la facilité des communications (le chemin de fer, puis l'auto), c'est la scolarisation, c'est la radio, puis la TV. Et le folklore ne peut pas renaître c'était, comme on l'a dit, une “culture d'incultes”. Tout ce qu'on appelle “manifestations folkloriques” aujourd'hui, ce sont des reconstitutions pour touristes.
Mais ce qu'on peut faire, c'est utiliser les produits de la tradition populaire -chansons, danses, airs de musique, contes- pour notre propre usage, en fonction de nos propres besoins. Ou, le cas échéant, nous inspirer de l'esprit de ces oeuvres traditionnelles pour créer, à notre tour, des chansons, des danses et des airs simples, beaux, et à la portée de chacun.

Simples, beaux, et à la portée de chacun.

Parmi nos besoins d'hommes et de femmes d'aujourd'hui il y a celui de s'exprimer, avec son corps (tout son corps), son coeur et son esprit. Il y a celui d'agir en communion avec d'autres, de façon amusante, ou parfois émouvante. Il y a, peut-être, un besoin de se dépasser dans une espèce d'envoûtement, certains diront de rituel. Comment répondre à tous ces besoins ? Notre expérience - et pas seulement la nôtre ! - c'est qu'il y a une activité qui y répond étonnamment, et ce sont les danses recueillies dans la tradition populaire (comme, à d'autres égards, les contes et les chansons) .

Entre autres qualités, on peut dire que d'abord elles sont sociales par essence. Ensuite, retransmises un nombre énorme de fois par la tradition, elles se sont épurées. S'adaptant aux moyens et aux besoins (physiques et mentaux) de ceux qui les dansaient, et qui, même s'ils se révélaient souvent excellents danseurs, n'étaient ni des professionnels, ni des gens particulièrement doués.

Sans doute exigent-elles parfois des aptitudes motrices, rythmiques, etc, que la plupart d'entre nous sont loin de posséder. C'est pourquoi - quand il s'agit, comme au Vilaret, d'animation et non de stages - il s'impose de choisir, parmi les multiples formes de danses traditionnelles, celles qui sont accessibles à tous. C'est à quoi nous nous sommes toujours astreints, de même que nous avons toujours voulu garder un équilibre entre les principales familles de danses.

Parmi les danses de tradition populaire, on peut en effet distinguer trois grandes catégories. Les premières, qui représentent un peu partout en Europe le fonds le plus ancien, remontant à la Renaissance ou même au Moyen-Age, se dansent en cercle ou en "chaîne ouverte", sans distinction de sexe. Tous les danseurs dansent un même pas, parfois très simple, parfois complexe, qui se repète indéfiniment. A ce type appartiennent, entre bien d'autres, les branles de la Renaissance, les andros et les gavottes de Bretagne, les kolos serbes et les horas roumaines. Ces danses, aujourd'hui, sont souvent celles qui plaisent le plus aux jeunes. Pour une raison simple : elles expriment au mieux, avec force, l'appartenance à un groupe, que symbolise si bien le cercle.

D'autres danses traditionnelles, apparues. selon toute apparence, plus récemment dans l'histoire, font moins appel aux pas qu'à des figures. Elles se dansent en couples, regroupés en diverses formations (cercle, colonne, quadrille, ...). Le plaisir qu'elles procurent est tout aussi social, mais il s'agit d'une autre forme de relation sociale qui, au lieu de privilégier l'unité, voire l'uniformité, favorise les rencontres, l'imprévu, la fantaisie, se basant sur la diversité des personnes et sur une structuration variée de l'espace.

Enfin, apparues surtout au XIXème siècle, voire au XXème, viennent les danses de couple, valse, polka, scottiche, mazurka, charleston ou rock. Ces danses moins sociales, ont d'autres mérites évidents, dont le moindre n'est pas d'offrir aux hommes et aux femmes un très utile et agréable outil pour mieux se connaître et s'adapter mutuellement.

Dans toutes nos animations de danses, qu'il s'agisse des soirées de Vilaret, des Barnas, etc, nous veillons à doser ces trois répertoires en fonction des désirs et des possibilités du public présent.
Mais, de manière bien plus générale, de quoi s'agit-il quand nous animons une soirée de danse ? Notre but est que chacun en tire à la fois le plus grand plaisir et le plus grand profit . Et, faut-il le dire ? cela ne se fait pas tout seul.
Il y faut d'abord une bonne musique, si possible une musique "live", avec des musiciens entraînés à cette tâche difficile : inciter, aider les danseurs à danser. Il y faut aussi un animateur qui sache créer cet esprit, fait à la fois de plaisir, d'ouverture à tous (les bons danseurs, les moins bons, voire ceux que l'un ou l'autre handicap éloigne souvent de telles activités), et du désir d'aider chacun à progresser à son rythme et sans tuer l'enthousiasme ...

C'est une joie d'être un tel animateur, qui contribue à faire naître de vrais sourires sur les visages.

 



Contact Mains Unies : mainsunies@mainsunies.be Webmaster : charles@verhou.be